Article Bilan Magazine - ASO, la machine à cash qui roule plus vite que le marché du vélo.
Avec 150 millions d’euros de revenus et 3,5 milliards de téléspectateurs, la Grande Boucle écrase la concurrence. Pourtant, ses coureurs se partagent un prize money dérisoire comparé à d’autres sports.
A.S.O, ces trois lettres vous disent quelque chose?
Chaque année au mois de juillet, cette entreprise française, Amaury Sport Organisation, qui détient les droits du Tour de France (ainsi que ceux du Rallye Dakar), s’empare de l’ensemble des routes françaises. Fondée en 1903 par le journal L’Auto, aujourd’hui L’Équipe, aujourd’hui propriété de ASO, dont les pages étaient imprimées sur papier jaune, d’où la couleur du maillot jaune. Une histoire similaire existe pour le Giro d’Italia et son maillot rose, hérité de la Gazzetta dello Sport, dont les pages sont encore roses aujourd’hui.
ASO reste une entreprise familiale. Elle a généré 374,9 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2024, pour un bénéfice net de 131 millions d'euros.
Le Tour de France est l'événement sportif annuel le plus regardé au monde, avec jusqu'à 3,5 milliards de téléspectateurs cumulés dans plus de 190 pays. Seuls les Jeux Olympiques d'été (environ 4 milliards) et la Coupe du Monde de football (environ 5 milliards) le devancent: deux compétitions qui n'ont lieu que tous les quatre ans, contrairement au Tour. À titre de comparaison, le Super Bowl, souvent cité pour son spot publicitaire de 30 secondes le plus cher au monde, ne réunit qu'une audience cumulée de 115 à 120 millions de téléspectateurs, dont 100 millions aux seuls États-Unis.
Autre élément notable: c'est Warner Bros. Discovery, via Eurosport, qui détient les droits de diffusion internationaux, tandis que France Télévisions conserve l'exclusivité sur le territoire national.
Au-delà de ces chiffres d'audience stratosphériques, les superlatifs restent de mise pour la Grande Boucle elle-même. Le Tour de France génère à lui seul un chiffre d'affaires estimé à 150 millions d'euros en 2025, pour un bénéfice net estimé à environ 30 millions d'euros. Ces revenus proviennent principalement des droits TV (50 à 55%) et du sponsoring (30 à 40%), le solde étant constitué des droits versés par les villes-étapes accueillant la course.
Un modèle économique singulier par rapport à d'autres sports: contrairement aux ligues professionnelles américaines (NBA, NHL, NFL, MLB) ou, dans une certaine mesure, à la F1 et sa redistribution aux écuries, les droits TV du Tour ne sont redistribuées ni aux équipes ni à une quelconque structure de type franchise. Les équipes du World Tour disposent d'un budget moyen d'environ 30 millions d'euros par an, avec de fortes disparités pouvant dépasser 60 millions pour les plus importantes.
Le prize money, lui, reste étonnamment modeste au regard de ces chiffres: 2,5 millions d'euros au total, répartis entre l'ensemble des équipes et des coureurs. Le maillot jaune rapporte 500’000 euros à son porteur, versés dans un pot commun redistribué à toute l'équipe, et l'équipe victorieuse au classement final touche 50’000 euros. À titre de comparaison, le seul vainqueur de Roland-Garros a empoché 2,55 millions d'euros en 2025, soit à peu près l’équivalent de la dotation globale du Tour de France, elle partagée entre 184 coureurs.
Sponsoring
Alors que le Tour de Suisse et le Tour de Romandie peinent à trouver de nouveaux sponsors, le Tour de France a vu pas moins de huit nouvelles marques rejoindre le dispositif cette année: Procter & Gamble, Airbnb, SNCF, TotalEnergies, Norauto, Panzani, Basic-Fit et Danone. Sans surprise, il s'agit majoritairement de marques grand public, à l'image de l'audience large et populaire de l'événement. Comme le résume la direction du Tour, chaque euro investi par un sponsor génère entre 5 et 7 euros de retour publicitaire équivalent: un ratio qui explique l'afflux de nouveaux partenaires cette année. La diversité des supports de visibilité est large: la caravane publicitaire reste le format le plus connu, avec sa distribution de cadeaux aux spectateurs, mais l'inventaire va des panneaux autour des zones de départ et d'arrivée jusqu'aux dispositifs digitaux, télévisés et aux véhicules officiels.
Un point plus surprenant: alors que les produits dérivés pèsent lourd dans les revenus d'autres sports comme le football, ce n'est pas le cas pour ASO, qui ne communique quasiment aucun chiffre sur ce poste. Il est encore trop tôt pour mesurer l'impact du jeune et talentueux Paul Seixas sur les ventes Van Rysel chez Decathlon. L'effet est en revanche déjà documenté du côté de Colnago: le fabricant italien, équipementier de l'UAE Team Emirates menée par Tadej Pogačar, a triplé son chiffre d'affaires entre 2020 et 2023 et ce, en pleine période post- Covid marquée par une baisse générale des ventes de vélos dans l'industrie.
Pour les lecteurs de Bilan, l'aventure prend une tournure locale en 2026 : le Tour de France Femmes avec Zwift donnera son Grand Départ à Lausanne le 1er août, avant de traverser Aigle et de faire étape à Genève les 2 et 3 août. Un rare passage de la Grande Boucle sur sol romand. Un symbole pour la Suisse, qui n'avait plus accueilli un départ féminin de cette envergure, mais aussi une occasion concrète de mesurer, sur notre propre territoire, ce que représente économiquement l'un des plus puissants dispositifs de sponsoring sportif au monde.
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