Article Bilan Luxe - Sydney Schertenleib - Le ballon d’or en ligne de mire

24heures.ch - SERGIO ROS/IMAGO

À 19 ans, la Zurichoise vient d'entamer sa 3e saison au sein du FC Barcelone. Une saison décisive pour la milieu de terrain, qui a su séduire des marques suisses comme Norqain et On. Son ascension fulgurante illustre l'intérêt et les investissements croissants pour le football féminin.

En cette matinée de début août, le mercure monte dans la capitale catalane. Il est à peine 10 h lorsque Sydney Schertenleib pousse la porte du studio de photos où nous lui avons donné rendez-vous.

L'étoile montante du FC Barcelone connaît les lieux pour y avoir shooté une campagne Adidas, qui l'équipe depuis ses 15 ans. Mais elle n'est jamais sortie car depuis la milieu de terrain a signé avec On, rejoignant ainsi une liste d'ambassadeurs de prestige comme Roger Federer, FKA Twigs ou Zendaya, son idole.

Du haut de ses 19 ans, Sydney Schertenleib respire la fraîcheur. Cheveux relevés en chignon, tenue décontractée, un sac Prada à la main. Ses traits fins sont ceux d'une jeune femme, sa démarche nonchalante trahit, quant à elle, le garçon manqué qu'elle a été.

Aussi loin qu'elle se souvienne, Sydney a tapé dans le ballon avec les enfants du quartier de Richterswil, sur les berges du lac de Zurich, où elle a grandi. Elle y vit jusqu'à ses 15 ans avec ses parents - père suisse, mère américaine - et ses deux sœurs aînées.

Son père, Tom Schertenleib, est dans les parages ce jour-là. Ancien joueur de foot uni-versitaire, il officie désormais comme son manager, gérant notamment ses contrats de sponsoring. Dans la fierté et l'admiration qui se lisent dans ses yeux, on devine que cest son propre rêve qu'il réalise à travers les exploits de sa fille.

Une saison déterminante

Après six semaines de vacances - un luxe rare dans le calendrier d'une footballeuse professionnelle - Sydney Schertenleib vient de boucler sa première semaine d'entraînement. « Il me faut généralement une à deux semaines pour retrouver le rythme », commente la Zurichoise en sirotant son matcha latte.

Pour la milieu de terrain, cette reprise ne s'est pas faite sur le meilleur des pieds. Lors du premier match de présaison, disputé en pleine éclipse solaire, elle a commis une erreur, offrant un but à l'adversaire. « J'ai tendance à m'en vouloir après-coup », admet-elle. Son entraîneur a su la rassurer, lui rappelant que ce qui compte, ce n'est pas l’erreur en elle-même, mais la réflexion qui suit. Une leçon de maturité qui illustre le chemin parcouru depuis son arrivée en Catalogne il y a deux ans.

Cette troisième année sera déterminante pour la jeune femme dont le destin a basculé lors des éliminatoires européennes U17 en Italie, en 2023. Elle y a été repérée par un recruteur du FC Barcelone. Le contrat signé avec le club catalan portait initialement sur trois ans, c'est maintenant qu'on attend d'elle qu'elle confirme les attentes. « Plus on monte en grade dans une équipe, plus la contribution attendue est grande, commente son père. Ce qui ne veut pas dire qu'elle sera titulaire à chaque fois. Tout dépendra des résultats de l'équipe, pas seulement des siens. »

Les échanges récents avec le club sont encourageants. Le staff technique lui a fait comprendre qu'elle avait les capacités pour s'imposer au sein de l'équipe. Ses objectifs personnels restent élevés. Avec sept buts inscrits la saison dernière, elle vise désormais le double. « Mais en tant que milieu de terrain, je ne suis pas jugée uniquement sur les buts, précise-t-elle. Il faut aussi que je progresse sur la défense, ma lecture du jeu... »

Son entraîneur a identifié plusieurs axes de progression: positionnement défensif, analyse du jeu, anticipation. Des fondamentaux tactiques qui séparent les bonnes joueuses des meilleures.

Dans la cour des Grands

Depuis son recrutement par le Barça, Sydney Schertenleib a fait un bon considérable, tant sur le terrain que sur le plan personnel. « À mon arrivée, j’étais très maigre, peu de masse musculaire, avec un rythme de jeu plus lent qu'ici », se souvient-elle. L'adaptation physique a été rude, l'obligeant à sortir pour la première fois de sa zone de confort. « La première saison, j'ai beaucoup souffert. Je regardais mes coéquipières pour qui ça allait, alors que moi j'étais à bout de souffle. »

Pour progresser, la recrue n'hésite pas à observer le jeu de ses pairs. Aitana Bonmatí, triple Ballon d'or, Alexia Putellas, double Ballon d'or, Patricia Guijarro, Keira Walsh, Caroline Graham Hansen... Des joueuses qui ont redéfini les standards du football féminin et fait du club catalan une référence mondiale incontestée. Statut confirmé la saison dernière lorsque les « Femeni » ont inscrit un quadruplé historique en remportant la Ligue des champions, la Liga, la Coupe de la Reine et la Supercoupe d'Espagne. « Je n'ai pas toujours conscience de l'endroit où je suis, avoue la Suissesse. Il y a des moments où cela me frappe davantage, comme lorsque nous avons remporté la Ligue des champions. Mais au quotidien, j'essaie de ne pas trop y penser pour ne pas trop me mettre la pression. »

Au FC Barcelone, les moyens engagés n’ont rien de comparable avec ce que Sydney Schertenleib a pu connaître en Suisse. Là où un club helvétique compte cinq ou six membres de staff, le Barça en aligne environ vingt-cing: kinésithérapeutes, personnel de terrain, médecins, psychologue, analystes vidéo. L'infrastructure compte dix terrains, un centre médical ultramoderne, ainsi que des salles de récupération équipées des dernières technologies. Les joueuses ont même accès a une voiture de fonction, une Cupra, mise à disposition par le club.

Après deux années au campus de la Masia, la jeune femme est sur le point d'emménager dans son propre appartement, récemment acquis. En attendant la fin des travaux, elle occupe celui de la championne du monde espagnole Alexia Putellas, qui vient de quitter le Barça pour le London City Lionesses. Le départ du double Ballon d'or, également milieu de terrain, devrait ouvrir de nouvelles perspectives à la Suissesse.

Engouement historique

L'ascension fulgurante de Sydney Schertenleib au sein du meilleur club féminin au monde illustre la révolution que connaît le sport féminin. « J'ai l'impression d'être née exactement au bon moment, confie-t-elle, consciente du facteur chance dans sa trajectoire. Les joueuses plus expérimentées me racontent qu'il y a moins de dix ans, il n'y avait parfois que quelques centaines de supporters dans les stades, aucune couverture médiatique et pas de retransmission télé » Enfant, ses seules idoles étaient d'ailleurs masculines - Ronaldo, Messi, Neymar - car « les femmes étaient invisibles dans le foot ».

En 2025, l'Euro féminin fut une bascule, analyse Ton Schertenleib. « Depuis, de nombreux clubs renforcent sensiblement leurs investissements dans différents domaines, notamment dans les infrastructures, le recrutement et l'accompagnement individuel des joueuses », analyse-t-il. Au sein du Barça, Sydney gagne bien sa vie.

Publié cet été, le rapport d'impact de l'UEFA met justement en lumière l'engouement historique pour la compétition qui s'est déroulée en Suisse avec 29 des 31 matches disputés à guichets fermés pour plus de 650'000 spectateurs cumulés. En termes de revenus, l'événement a généré 205 millions de francs pour l'économie helvétique, tandis que Deloitte chiffre les revenus du sport féminin à 3 milliards de dollars en 2026 (+25% par rapport à 2025), dont un tiers proviendrait du foot.

Cette professionnalisation se traduit également par la multiplication des contrats de sponsoring entre équipes de foot féminines et le luxe. Tandis que, à l'automne dernier, Louis Vuitton a signé avec le Real Madrid, Off-White habille l'AC Milan, et l'AS Roma collabore avec la marque italienne de prêt-à-porter Harmont & Blaine. Ce printemps, le contrat entre l'attaquante australienne Mary Fowler (23 ans) et Adidas, estimé à 10 millions de dollars, a dépassé un nouveau cap, faisant de la joueuse de Manchester City l'une des footballeuses les mieux payées par un équipementier.

Discret sur la valeur de son partenariat avec Sydney Schertenleib, Ben Küffer, fondateur et CEO de Norqain, qui a fait de la Suissesse l'image de la Wild One, préfère parler d'investissement: « Sydney est passionnée, humble et fun, mais aussi très ambitieuse; elle est là où elle mérite d'être. La voir aujourd'hui s‘imposer sur la scène internationale ne fait que confirmer le potentiel que nous avions vu en elle dès le départ. Si tu y crois, il faut investir. Dans cinq ans, les retombées seront encore plus impactantes, j'en suis sûr. »

Propos que ne contredit pas Anthony Schaub, spécialiste en marketing sportif, qui a réalisé un monitoring des athlètes suisses et de leur empreinte sur les réseaux sociaux il y a trois ans. « Sydney Schertenleib n'y apparaissait pratiquement pas. Aujourd'hui, elle a un demi-million de followers et fait partie des grands noms, commente-t-il. Le Barça a été très fort dans le développement de son équipe féminine, avec un vrai travail sur les académies et des investissements importants dans les contrats. Je ne serais pas surpris que son contrat se chiffre à plusieurs centaines de milliers de francs. C'est la même logique qu'avec les équipementiers: plus l'athlète permet de vendre des vêtements à son nom, plus les royalties augmentent en conséquence. »

Cette évolution réjouit Sydney Schertenleib, qui se voit déjà signer avec des marques de mode qu'elle apprécie, Prada ou Louis Vuitton pour ne citer qu'elles. De la musique d'avenir. Ce qui occupe la championne en devenir sont ses performances lors de prochaines rencontres décisives. À l'image du match de qualification pour la Coupe du monde 2027 au Brésil, qui opposera l'équipe nationale suisse à Israël début octobre. Une rencontre que Sydney aborde avec confiance, convaincue que le niveau de l'équipe helvétique ne cesse de progresser. « Aujourd'hui, pratiquement toutes jouent à l'étranger, ce qui n'était pas le cas quelques années en arrière », souligne-t-elle. En effet, sur 24 joueuses 22 évoluent aujourd'hui en dehors de la Suisse.

Bien que Sydney se projette en Catalogne, elle pourrait également envisager un jour de rejoindre le championnat anglais, notamment parce que l'Angleterre, berceau du football, joue un rôle de pionnière dans le développement du football féminin. À long terme, ses objectifs sont néanmoins clairs, assure celle qui rêve de remporter le Ballon d'or. « Gagner encore, encore et encore. C'est mon état d'esprit. »

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